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C'est le billet de ce jour sur France inter de Simon TIVOLLE
C'est un assassinat. Mieux, un crime parfait, que je vous raconte ce matin. Le défunt, ou plutôt la défunte, s'appelle la C.N.D.S. Ça ne vous dit rien, c'est normal. CNDS, ça veut dire
"Commission Nationale de Déontologie de la Sécurité".
- A quoi ça sert, ou si j'ai bien compris, à quoi ça servait ?
Depuis 2001, le boulot de cette Commission était de veiller au respect de la déontologie par les forces de sécurité - policiers, gendarmes, ou surveillants de prison. La CNDS examinait des faits concrets, donnait son avis, saisissait parfois la justice, et publiait au Journal Officiel ses recommandations qui n'avaient pas été suivies d'effet.
Par exemple, dans tel cas elle montrait du doigt un abus de pouvoir, dans tel autre un usage illégitime de la violence. Là, elle expliquait qu'une personne n'avait pas été traitée avec dignité. Ici, elle détaillait une succession de déficiences de l'administration pénitentiaire. Voilà. Que des choses sensibles.
Vous avez sans doute remarqué : parfois, quand on s'interroge sur une bavure, on se demande si les associations des droits de l'homme et les avocats n'en rajoute pas un peu. Et à l'inverse, quand l'action des policiers est défendue par leurs syndicats et souvent aussi par leur ministre, on a encore plus de doute sur la réalité.
Au moins, avec la CNDS, c'était carré. Expliqué. Argumenté.
Pendant ces huit années d'existence, cette Commission – que j'ai vue fonctionner en exerçant mon travail de journaliste – cette Commission s'est battue pour le droit à la dignité. Elle a défendu des "petits" contre des fonctionnaires de l'Etat soutenus par leur hiérarchie. Son action a été saluée par toutes les institutions internationales qui, d'ordinaire, épinglent la France pour ses insuffisances multiples.
- Comment expliquer, alors, cette suppression ?
C'était "trop bien", en quelque sorte. Il fallait que ça cesse…
Les policiers ont toujours détesté cette instance administrative qui venait fourrer son nez dans ses affaires, avec d'autant plus de compétence qu'il y avait d'anciens "bleus" dans la Commission, composée de 14 membres venus d'horizons divers.
Les gens au pouvoir, non plus, n'appréciaient pas de voir souligné le résultat de leurs promesses, leurs insuffisances, leurs coups de mentons… La CNDS avait acquis une légitimité pour parler de morale, de respect du public, et se prononcer sur tout ce qui fâche : les gardes à vue humiliantes, les soi-disant outrages à policiers, le suicide des prisonniers, etc.
En France, on n'aime pas les organismes qui prennent leur indépendance et disent des vérités qui dérangent – même avec beaucoup de prudence. Alors d'abord on rogne leur budget, ensuite on les dissout.
Que va-t-il se passer, maintenant ?
Les membres de cette Commission défunte tiennent une conférence de presse, tout à l'heure, à neuf heures et demie. Ils en ont gros sur la patate. En septembre, ils ont appris leur suppression sans avoir été consultés. La CNDS va être fondue dans le grand machin administratif qui va s'appeler le "Défenseur des droits", avec le Défenseur des enfants et le Médiateur de la République.
La CNDS, qui a été présidée pendant six ans par Pierre Truche, n'aura plus les mêmes garanties d'indépendance, qui tenaient à son mode de désignation. Elle parle même de "recul des garanties démocratiques", car ses remplaçants pourront désormais rejeter une requête sans avoir besoin de motiver leur décision, ni respecter le principe de la contradiction.
C'est un jour triste pour les droits des citoyens.
_________________ La diversité est une richesse. Ne sont perdus que les combats qui ne sont pas menés. Vive la Révolution Marseillaise
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